Finasseries, intercessions et contre-propositions depuis le giron contemporain
Si des chiens aboient, c’est que nous chevauchons.
Sancho Pança
La sotte occupation que celle de nous empêcher sans
cesse de prendre du plaisir, ou de nous faire rougir de
celui que nous avons pris ! C'est celle du critique.
Denis Diderot
1. Mail de Jean-Michel Botquin, de la galerie Nadja Vilenne le 23 janvier 2013
J'ai lu ton site Biennale de Venise. Bon, un peu léger, mais amusant.
2. Campagne de débinage [ou artistic bashing] sous forme de mail-tract (sic) envoyé le 19 février 2013 à Laurent d'Ursel et, à son insu, à environ 400 destinataires du milieu culturel belgo-francophone :
OBJET : Contre la participation de Laurent d'Ursel à la Biennale de Venise 2015
Comment dire les choses lorsqu’il faut les dire ? Comment dire les choses sans être désagréable ? Envers quelqu’un que l’on connaît et dont on apprécie assez le travail intellectuel ? Non, Laurent, je suis contre ta tentative de forcing – toujours la même, aux forceps, sous couvert d’un humour qui fait passer tout pour son contraire – en vue d’être le candidat à la Biennale de Venise 2015. Et nous savons tous que ton carnet d’adresse pléthorique est suffisamment bien fourni en personnes influentes pour que tu arrives encore une fois à tes fins. De plus, toutes considérations politiques mises à part, je pense que tu es plus un jongleur de mots qu’un manieur de formes, de lignes et de couleurs, tu ne serais pas à ta place dans cette manifestation. Sans parler du texte de présentation qui est d’une lourdeur, avec ses vieilles manières comico-situationnistes. Mais je comprends, aller à Venise tous frais payés par notre chère Fédération Wallonie-Bruxelles, ce serait une belle opportunité de vacances pour toi et tes proches mais tu sais, il y a des vols à partir de quelques dizaines d’euros – si tu veux j’ai l’adresse d’un petit hôtel du côté des Frari où il y a un Titien, je ne te dis que ça, ça te changera de l’art contemporain. J’aimais bien tes Titreries, quand tu refaisais le monde avec quelques livres de poche, c’était frais, vif, sans prétention…
En toute franchise et bien cordialement,
François Liénard
Et la cabale de faire pschitt.
3. Dialogue édifiant avec Laurent Courtens de l'Iselp le 4 septembre 2013
− J'ai vu tout ce que tu as fait sur le site du projet... Pas mal... Il y a vraiment des trucs qui m'ont plu...
− Merci.
− Là où je t'attends vraiment, c'est les performances « Oui, Laurent d'Ursel est un vrai artiste (contemporain) ! ». Car c'est ça, la rumeur qui circule : tu n'es pas un artiste contemporain. Et je me mets à ta place et ça ne doit pas être évident. Comment démontrer qu'on en est un ? C'est sans doute impossible.
− À t'attendre, cela ne passe en tout cas par ma production artistique ! Et c'est pour ça que je dis que tout le projet est une performance sociologique : comment pénétrer un corps qui vous étiquette « étranger », voire « parasite ».
4. Suggestion de Marcel Berlanger le 13 septembre 2013, violemment appuyée par Juan d'Oultremont, l'un comme l'autre artistes contemporaisn patentés :
− J'ai trouvé, Laurent, pour Venise, et tout le monde, autour de moi, est d'accord ! Parce qu'enfin, ton gros projet, c'est DoucheFLUX, pour les SDF, non ? D'où mon idée : tu en fais ton projet pour ta candidature pour la Biennale ! Ça, ce serait super ! Là, tu es sélectionné pour sûr !
− Euh, oui, je ne sais pas...
− Des douches pour SDF dans le Pavillon belge des Giardini, ça va déchirer !
− Ça va surtout et illico torpiller tout le projet DoucheFLUX !... Et quoi, tout ce que j'ai fait pour D'URSEL IN VENICE 2015 passe à la trappe, c'est ça ?
− ...
− J'ai deux « gros projets », ne t'en déplaise : DoucheFLUX et D'URSEL IN VENICE 2015, et ils n'ont qu'une chose en commun : le mot bulldozer.
− ...
5. Dialogue avec Valérie Lambert, galeriste et agent, le 27 septembre 2013 :
− En art contemporain, c’est une question de réseau, pas de qualité du travail. Point barre. Le regard des gens est biaisé par le contexte. Le fait que tu aies un certain âge et que tu n’aies pas de galerie attitrée suffit pour que tu sois pris pour un réac pathétique qui a raté sa carrière artistique et n’est plus qu’aigreur et amertume. Bref, ton projet, aussi sublime soit-il, est foutu d’avance parce que tu ne fais pas partie du réseau. Ça m’écœure , mais c’est comme ça.
− La conviction sous-jacente à ma candidature est que cette catastrophe artistique et politique que tu décris n’est pas dans l’ADN de l’art contemporain. C’est ce que ma sélection veut démontrer. Mieux : c’est l’œuvre que le jury qui me sélectionnera accomplira. Ou pas.
− Tu n’as aucune chance.
− C’est dans l’exacte mesure où l’art contemporain est génétiquement – et c’est historique − à la portée de n’importe qui qu’il engendre des comportements protectionnistes quasi claniques chez ceux qui le dénaturent en voulant en faire un monopole à haute valeur ajoutée. Les gardiens du temple n’ont que leurs millions et leurs discours inaccessibles pour protéger leur chasse gardée capitalistique. La raison artistique est ailleurs.
− Le combat est trop inégal.
− Sur le terrain des galeries et des collectionneurs, sans doute. À la Biennale de Venise, il n’y a rien à vendre, rien à gagner.
− Tu rêves.
− Non, je lutte. Surtout pour cette classe d’une école-poubelle de Bruxelles que je me propose de coacher pour le OFF de la Biennale de Venise de 2017.