Thanks to the patron saint of the artists

Détournement d'une Annonciation de Fra Angelico, patron des artistes.
Traduction du dialogue :
- J'ai une nouvelle cruelle pour la Belgique !
- Je suis sélectionné pour la cinquante-sixième Biennale de Venise ?

2 novembre 2012

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« […] comprendre qu’il y a des raisons pour lesquelles il y a une telle condensation dans le tableau entre ces deux figures. L’iconographie qu’il s’agit d’élaborer à ce moment-là [la Renaissance] n’est plus une iconographie de distinction d’idées ou de motifs mais une iconographie des associations d’idées. […] On n’associe pas n’importe quoi avec n’importe quoi […] J’ai été très frappé quand, travaillant justement sur le problème d’association d’idées, de passage, de condensation, de confusion, j’ai relu un texte de Vincenzo Cartari, Les Images de Dieu des Anciens, un manuel d’iconographie publié à Venise en 1556, où j’ai trouvé cette phrase : « Il n’y a pas à s’étonner de voir que les dieux des anciens sont enchevêtrés les uns avec les autres, qu’un même dieu montre souvent diverses choses et que divers noms signifient parfois une même chose. » Ça m’a rappelé immédiatement un texte que j’aimais depuis longtemps : « Non seulement les éléments du rêve sont déterminés plusieurs fois par les pensées du rêve mais chacune des pensées du rêve y est représenté par plusieurs éléments. Des associations d’idées mènent d’un élément du rêve à plusieurs pensées, d’une pensée à plusieurs éléments». (Freud, L'Interprétation de rêves) […] Les rêves transforment les pensées normales en rébus d’images. Donc, que fait un tableau classique ? Il a au départ un texte de référence et il transforme ce texte en images. Si on n’a pas le texte, si on a perdu le texte, le tableau devient un rébus : on n’y comprend plus rien. Et j’aimais beaucoup faire les cours de premier cycle à l’université parce que, étant donné la perte de culture générale et de la culture religieuse en particulier, des étudiants sortants du secondaire ignoraient tout de tout ! C’était magnifique parce que, devant une Annonciation, je sais tout de suite de quoi il s’agit : la vierge, l’ange Gabriel, Dieu le Père, la colombe, le Saint Esprit, le vase de lys, etc. Je peux décliner l‘ensemble des motifs. Mais j’adorais vraiment faire l’exposé ou des examens sur l’Annonciation parce que, parfois, le fait que l’étudiant ne sache rigoureusement rien donnait des descriptions magnifiques. […] On n’apprend rien par une image. L’image sert à rappeler quelque chose, mais si on ne  sait pas ce que dit l’image, on ne comprend pas, c’est pas la peine. Des allégories, aujourd’hui, on a toujours perdu le sens. Je crois que c’est élaboré pour qu’on ne sache pas ce
que ça veut dire. […] Entre le texte de source et le tableau final, il y a le « pensement du peintre » (Nicolas Poussin). […]
Dans la théorie classique du signe, « le signe se présente représentant » (Louis Marin). Un signe n’est pas seulement
la représentation de quelque chose : il est en même temps, conjointement, la présentation de cette représentation. […] »
Daniel Arasse, extrait de « Une Histoire de peintures / Film : Rengaine » diffusé dans
l’émission radiophonique de France Culture Un autre jour est possible, le 14 novembre 2012.