Marche d'approche
Pour réaliser une chose vraiment extraordinaire, commencez
par la rêver. Ensuite, réveillez-vous calmement et allez d’un
trait jusqu’au bout de votre rêve sans jamais vous laisser
décourager. […] Ce que vous rêvez, vous le pouvez.
Walt Disney
Les conséquences de ce qu'on ne fait pas sont les plus graves.
Marcel Mariën
À rebours des instigations
anti-jusqu’au-boutistes et subtilement infamantes
de :
- la « sagesse » chinoise (I) : Le but n'est pas le but, c'est la voie. (Lao-Tseu)
- la « sagesse » chinoise (II) : Tous les hommes pensent que le bonheur est au sommet de la montagne
alors qu'il est dans l'art de la gravir. (Confucius) - l'hindouisme gnangnan : Que ton intérêt porte sur l’action seulement, jamais sur ses résultats. (Bhagavad-Gita)
- le bouddhisme interminable : Si la direction est bonne, continuer à cheminer est tout ce que nous avons à faire. (proverbe bouddhique)
- l’endoctrinement évangélique : La vie est un chemin. (1. Jean 3.8)
- la prudence dépressive écossaise : Mieux vaut voyager plein d'espoir qu'arriver au but. (Robert Louis Stevenson)
- le pragmatisme moralisateur américain (I) : Un échec est un succès si on en retient quelque chose. (Malcolm Forbes)
- le pragmatisme moralisateur américain (II) : Rappelle-toi : le bonheur est une manière de voyager, non une destination. (Roy Goodman)
- le pragmatisme moralisateur américain (III) : C’est le voyage qui compte, non l’arrivée ; le périple, non l’atterrissage. (Paul Edward Theroux)
- l’impuissance hispanique satisfaite : Être à Venise, c’est croire que l’on est à Venise. Rêver de Venise, c’est être à Venise. (Ramón Gómez de la Serna)
- le génie allemand poussif (I) : On peut aussi construire quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin. (Johann Wolfgang Goethe)
- le génie allemand poussif (II) : La beauté est la forme de la finalité d’un objet en tant qu’elle est perçue en celui-ci sans la représentation d’une fin. (Emmanuel Kant)
- le génie allemand poussif (III) : Ce n'est pas que le chemin soit difficile : le difficile est le chemin. (Friedrich Nietzsche)
- le génie allemand poussif (IV) : [Tortueusement infinies les néo-péripatéciennes pérégrinations sylvestres du promeneur à béret sur les] Chemins qui ne mènent nulle part. (Martin Heidegger)
- le pseudo-freudisme maltésien : Celui qui poursuit un rêve n’en désire pas, au fond, la réalisation : il veut seulement pouvoir continuer à rêver. (Hugo Pratt)
- la camelote hédoniste française : Il faut faire d’abord volontairement, avec plaisir, ce qu’on fait. Le résultat importe peu. (Jules Renard)
- la camelote bovaryste française : Le succès est une conséquence et non un but. (Gustave Flaubert)
- la camelote onirique française : Il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre, ce soit encore la rêver. (Marcel Proust)
- la camelote suicidaire française : Je suis en racontant mes voyages comme j'étais en les faisant : je ne saurais arriver. (Henry de Montherlant)
- la camelote existentialiste française : Chaque homme doit inventer son chemin. (Jean-Paul Sartre)
- la camelote communiste française : Quand l'Histoire se réveille, c'est le réveil qui importe, c'est lui qu'il faut saluer [...]. Cela vaut par soi-même. Pour les résultats, nous verrons. (Alain Badiou)
- la propagande socialiste prussienne : La fin n'est rien, les moyens sont tout. (Édouard Bernstein)
- la beauté du « geste » italien : Le geste rompt la fausse alternative entre fins et moyens qui paralyse la morale, et présente des moyens qui se soustraient comme tels au règne des moyens sans pour autant devenir des fins. (Giorgio Agamben)
- l'idéalisme belge : Tenter, sans force et sans armure, d’atteindre l’inaccessible étoile. (Jacques Brel)
- le végétarisme indien : C’est dans l’effort que l’on trouve la satisfaction et non dans la réussite. (Mohandas Karamchand Gandhi)
- le bellicisme suédois : Ce n’est pas la victoire que je voulais mais la lutte. (Auguste Strindberg)
- le minimalisme québécois : Il n’est pas nécessaire d’accomplir tous ses rêves pour être heureux dans la vie. (André Hallée)
- le routardisme attardé : Roulons, voilà tout. […] La route, c’est la vie. […] Retrouver la pureté du voyage, de la destination, quelle qu’elle soit, le plus vite possible, dans le frémissement et la jouissance de tous les possibles. (Jack Kerouac)
- la psychologie maorie : Plus tu demandes si c'est encore loin, plus le voyage paraît long. (proverbe)
- la géométrie malienne : Le plus court chemin entre deux points n’est pas la ligne droite, c’est le rêve. (proverbe)
- la neurasthénie bonapartiste : Celui qui, au départ, insiste pour savoir où il va, quand il part et par où il passe, n’ira pas loin. (Napoléon Bonaparte)
- le bovarysme paradoxal : Le succès est une conséquence et non un but. (Gustave Flaubert)
- le défaitisme olympique : L'important dans la vie ce n'est pas le triomphe, mais le combat, l'essentiel ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu. (Pierre de Coubertin)
- l’anti-finalisme darwinien : La grande découverte de Darwin, c’est la sélection naturelle, donc l’idée qu’il n’y a pas de projet dans la nature, pas de finalité. (André Langaney)
- la pornographie asexuelle : Le meilleur moment dans l'amour, c'est quand on monte l'escalier. (Georges Clémenceau)
- l'anthropologie bohème : Qu'importe l'issue du chemin quand seul compte le chemin parcouru. (David Le Breton)
- la surdité acharnée : Ce qui compte dans l’effort, c’est avant tout l’action, plutôt que le résultat. (Ludwig van Beethoven)
- l’inaboutisme spéculaire : Le roman est un miroir que l'on promène le long d'une route. (Stendhal)
- la sérendipité encensée : [...] Les Trois Princes de Serendip [conte persan] : tandis que leurs altesses voyageaient, elles faisaient toute sorte de découvertes, par accident et sagacité, de choses qu’elles ne cherchaient pas du tout. (Horace Walpole)
- la tintinophilie pète-sec : J'ai toujours caressé le rêve de partir mais dédaigne l'idée d'y arriver. (anonyme)
- l'attrape-touriste : Venise ! Est-il un nom dans les langues humaines qui ait fait rêver plus que celui-là? (Guy de Maupassant)
- la pensée bateau : On croit qu'on va faire un voyage, mais bientôt c'est le voyage qui vous fait, ou vous défait. (Nicolas Bouvier)
- la doxa new age : Nous croyons poursuivre un but, nous croyons que le trait comme un chemin nous conduit vers un but, or il n’y a pas de but. Le but, c’est le chemin. Le but n’est rien, le chemin est tout. (anonyme)
- l'esprit du temps : La tension érotique vers l'objectif l'emporte en intérêt (substance, classe, valeur) sur l'aboutissement immanquablement pornographique. (anonyme)
le sens
des réalisations en vue de la sélection
et
a fortiori
des réalisations rendues possibles par elle
est heureusement suspendu
à la dite sélection :
il n’y a de chemin qui vaille avant que d’avoir mené au terme.*
★ Telle est l’implacable économie vitale des énergies artistiques téléonomiquement** mobilisées :
Venise n'est pas le nom d'un désir mais le moteur d'une pulsion.
★ Tel est le versant lexical du projet : contribuer à discréditer le vieux vocable démarche (de l'artiste)
et celui qui lui a succédé (le travail) au profit des notions communément méprisées d'arrivisme et d'artiste méritant.
★ Telle est la conséquence de ce qui précède :
l’exposition How I got to Venice dans le pavillon belge de la Biennale de Venise sera la rétrospective de « D’URSEL IN VENICE 2015 », qui en parachèvera l'intuition disruptive originale.
* Variantes : Tous les moyens sont bons pourvu qu’ils aient contribué à la fin. Ce n'est jamais l'intention qui compte. Il n’est de cap qu’à être tenu jusqu’au bout. L'artiste a une obligation de résultat. La portée d'une idée se mesure à l'impact de son atterrissage. La trajectoire d'un missile est éclipsée par la précision de la cible. À l'aune de l'objectif atteint, le reste est subjectif. Le trajet est un souvenir quand le projet aboutit. S'arrêter avant terme est toujours prématuré.
** Suivant l'étude des lois de la finalité.